Le simulateur de calcul d’indemnités en cas d’accident du travail et celui dédié à la maladie professionnelle utilisent la même base de calcul, mais les paramètres d’entrée, les plafonds et la durée d’indemnisation divergent sur plusieurs points. Comprendre ces écarts permet de vérifier le montant affiché par n’importe quel outil en ligne, et surtout de repérer une erreur avant qu’elle ne se répercute sur des mois de versement.
Tableau comparatif : IJ accident du travail contre IJ maladie professionnelle
Sur le plan du calcul pur des indemnités journalières (IJ), accident du travail (AT) et maladie professionnelle (MP) relèvent du même régime AT/MP de la Sécurité sociale. Les paramètres sont donc identiques dans la plupart des cas. La vraie ligne de fracture se situe entre le régime AT/MP et le régime maladie non professionnelle.
| Critère | IJ AT / MP | IJ maladie non professionnelle |
|---|---|---|
| Salaire de référence | Salaire brut du mois précédent l’arrêt, divisé par 30,42 | Salaire brut des 3 mois précédents, divisé par 91,25 |
| Taux d’indemnisation (28 premiers jours) | 60 % du salaire journalier de référence | 50 % du salaire journalier de référence |
| Taux d’indemnisation (à partir du 29e jour) | 80 % du salaire journalier de référence | 50 % (inchangé, sauf convention collective) |
| Plafond du salaire pris en compte | Non concerné par la baisse à 1,4 SMIC | Plafonné à 1,4 SMIC depuis le décret du 20 février 2025 |
| Délai de carence | Aucun (indemnisation dès le lendemain de l’arrêt) | 3 jours de carence |
| Durée maximale de versement | Jusqu’à guérison ou consolidation (plafonnement à 4 ans prévu pour les sinistres à compter du 1er janvier 2027) | 360 jours sur une période de 3 ans (cas général) |
Ce tableau met en évidence un point que les simulateurs en ligne ne précisent pas toujours : le régime AT/MP indemnise nettement mieux que le régime maladie classique, tant sur le taux que sur l’absence de carence et le plafond salarial.

Plafond salarial et décret de février 2025 : l’écart qui s’est creusé
Depuis le décret du 20 février 2025, le salaire pris en compte pour calculer les IJ maladie non professionnelle est plafonné à 1,4 SMIC au lieu de 1,8 SMIC. Cette mesure a réduit le montant maximal des IJ maladie pour les salariés dont la rémunération dépasse ce seuil.
Les IJ versées au titre d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ne sont pas concernées par cette baisse de plafond. Pour un salarié rémunéré au-dessus de 1,4 SMIC, la différence entre les deux régimes s’est donc accentuée depuis cette réforme.
Un simulateur qui ne distingue pas clairement le type d’arrêt (AT/MP ou maladie classique) risque d’appliquer le mauvais plafond. Lors de la saisie, vérifiez que l’outil demande explicitement la nature de l’arrêt avant de calculer.
Durée de versement des IJ AT/MP : ce que change le décret de juin 2026
Jusqu’à présent, les IJ AT/MP pouvaient être versées sans limite de durée, tant que la guérison ou la consolidation n’était pas prononcée. Le décret n° 2026-501 du 12 juin 2026 introduit un plafonnement à quatre ans pour les sinistres survenant à compter du 1er janvier 2027.
Cette modification a un impact direct sur les simulateurs. Les outils mis à jour devront intégrer une borne temporelle qui n’existait pas auparavant. Pour les arrêts longs (pathologies chroniques, maladies professionnelles à évolution lente), la simulation sur quatre ans donnera un montant cumulé d’IJ sensiblement inférieur à ce que produisait l’ancien régime.
Conséquences pour les maladies professionnelles à latence longue
Certaines maladies professionnelles, liées à l’exposition à l’amiante ou à des agents chimiques, se déclarent des années après l’exposition et nécessitent des arrêts prolongés. Le plafonnement à quatre ans signifie que la consolidation devra intervenir dans ce délai pour que les IJ continuent d’être versées. Au-delà, le relais devra être pris par une rente d’incapacité permanente ou par la prévoyance complémentaire de l’employeur.

Rente d’incapacité permanente : capital ou versement viager
Un simulateur d’indemnisation AT/MP ne se limite pas aux indemnités journalières. Il intègre souvent le calcul de la rente ou du capital versé après consolidation, en fonction du taux d’incapacité permanente partielle (IPP) fixé par le médecin-conseil.
- Un taux d’IPP inférieur à 10 % donne droit à un capital versé en une seule fois, dont le montant dépend du barème en vigueur.
- Un taux d’IPP supérieur ou égal à 10 % ouvre droit à une rente viagère, versée mensuellement ou trimestriellement selon le montant.
- Le salaire annuel brut de référence est ajusté par un coefficient : la part du salaire inférieure à un seuil est divisée par trois, la part supérieure est divisée par un autre coefficient, ce qui crée un effet de lissage.
Ce mécanisme de calcul est identique pour l’accident du travail et la maladie professionnelle. La différence entre les deux ne porte pas sur la formule, mais sur la reconnaissance elle-même : un AT est déclaré dans les 24 heures, tandis qu’une MP passe par un tableau de maladies professionnelles ou un comité d’expertise, ce qui peut retarder l’ouverture des droits.
Ce que le simulateur ne calcule pas
La plupart des simulateurs en ligne estiment les IJ versées par la Sécurité sociale. Ils ne prennent pas en compte les éléments suivants, qui modifient pourtant le montant réellement perçu par le salarié :
- Le complément employeur prévu par la convention collective (maintien de salaire partiel ou total pendant une durée variable).
- La garantie prévoyance souscrite par l’entreprise, qui peut compléter les IJ jusqu’à un pourcentage du salaire net.
- Les prélèvements sociaux appliqués sur les IJ (CSG, CRDS), qui réduisent le montant net versé par rapport au montant brut affiché.
Pour obtenir une estimation proche du montant réellement perçu, il faut croiser le résultat du simulateur avec les dispositions de la convention collective applicable et le contrat de prévoyance en vigueur dans l’entreprise.
Le point déterminant reste la qualification de l’arrêt. Un arrêt reconnu en AT/MP génère une indemnisation plus élevée, sans carence et avec un plafond salarial plus favorable. Toute saisie dans un simulateur commence par cette distinction, et une erreur à cette étape fausse l’ensemble du calcul.

